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Les Arabes à Poitiers (éd. Lansman, 1999)

+  BIBLIOGRAPHIE
LES ARABES À POITIERS — théâtre

Editions Lansman, 1999

14 juillet, Cité des Hirondelles. Irma épluche des pommes de terre, Mohamed fabrique un lampion. Entre ces deux là, le lien est fort, même s’il n’est pas celui du sang : Mohamed est un gosse de la DDASS, Irma est sa «Mata». Autour d’eux, la cité est à fleur de peau: pétards, carabines et bruits de bottes. La visite de Pascal Marlu, le copain qui s’enrôle dans la Légion, et celle de Mauricette, assistante sociale décalée, laissent entrevoir un climat social dégradé devant lequel la mère et le fils font de la résistance et organisent leur quotidien…

La presse :
« Dans Les Arabes à Poitiers, Luc Tartar vilipende joliment les idées reçues d’inspiration raciste, donne la parole à de pauvres personnages entre deux cultures, dont le dénuement se masque légèrement derrière une langue forte, pleine de métaphores. »
La Voix du Nord, Nicolas André.

« A France déraillée, écriture éraillée. Les séquences polysémiques, les dialogues fissurés, font une pièce qui se dérobe, finalement affolante, avec de la trouille, des frictions hystériques, des hantises guerrières. Voilà l’irrationnel d’un fascisme qui monte par la fracture ; voici la poésie maîtrisée de cette construction, entre brouhaha et branle-bas. C’est fripé, neuf. Jeune. »
Midi Libre, Gérard Mayen.

Note de lecture & dramaturgie :
(Lettre de Diane Pavlovic à Luc Tartar, 28 janvier 2001.)
« Il y a beaucoup de lucidité dans ce plaidoyer, lequel est ému et caustique avant d’être didactique. On y reconnaît le ton Luc Tartar, tout ensemble désinvolte et déchirant, on y reconnaît le terreau populaire et gouailleur où tu aimes débusquer tes personnages, et on y reconnaît la pulsion de tout dire et de s’envoyer promener mutuellement qui est la leur. Leurs exclamations se superposent, en effet, comme ailleurs dans tes textes, et c’est du reste d’autant plus frappant que tout ce bruit – sans compter celui des coups de feu, des pétards, etc. – ne les empêche pas de s’entendre.
Irma est un poème vivant, fait d’une tendresse qui n’exclut pas le sarcasme et inversement. Sa caravane sans roue, ses frites et ses merguez en quelque sorte hypothétiques […] bref tout son univers, sous ses airs étriqués et branlants, est d’une richesse et d’une liberté fabuleuses. […] C’est une femme, une vraie femme, qui a une histoire et un imaginaire, des envies et des faiblesses, un poids de chair et une destinée singulière. Son impuissance à retenir qui elle aime fait bizarrement partie de sa force; elle est une flèche tendue qui se heurte toujours à un mur (refus, fuite, mort), et ça lui donne une grandeur, ma foi, et une vérité, aussi, assez impressionnantes. J’aime beaucoup le contraste entre elle, terrienne, et Hamed, dont on sent dès le début qu’il est sur le point de s’envoler. Autre beau personnage, ce Mohamed qui ne tient pas en place et qui échappe radicalement à tout, au point d’en mourir…
En fait, Hamed et Irma ressemblent à leurs prédécesseurs de tes autres pièces (fascinés par le spectacle mais conscients des machines : sceptiques, voire cyniques pour certains, mais ne pouvant s’empêcher de croire et voulant de toutes leurs forces être éblouis), sauf qu’ils sont ici les protagonistes de l’histoire. Ce sont eux qui la portent et non le contraire, ce qui fait qu’ils ont plus d’espace pour déferler.
[…] il y a dans ce texte une attitude nouvelle devant la parole de l’autre. Mais c’est vrai aussi, bien sûr, sur le plan du propos. Ici, c’est l’Algérie, le problème des clandestins en France, ailleurs ce sera autre chose, mais de façon générale, il me semble (je me trompe peut-être) que la conscience historique ne quittera plus tes personnages, même Papa Alzheimer, même la mère d’Information sur le schnaps. […] Le monde est entré dans ton écriture pour y rester, et ce, même si tu ne structures pas tes autres textes autour de dates aussi chargées de sens que le 14 juillet ou le 11 novembre… Pour finir, une remarque sur le style : elliptique comme d’habitude, mais resserré, nettoyé, rythmé différemment, transformé pour de bon en ce qui sera «ta» langue de théâtre. (Oui, j’y reviendrai encore!) »
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Diane Pavlovic, directrice du programme d’Ecriture dramatique de l’Ecole nationale de théâtre du Canada à Montréal.


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