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LA BONNE FRANQUETTE OU UNE COLLECTION DE BOULES À NEIGE — (inédit, 1997) théâtre

La cour intérieure d'un immeuble ; la loge de la concierge, tapissée de "boules à neige" ; un vide-ordures. C'est une famille qui n'avance pas, qui tourne en rond, qui traîne par terre. Sur le plateau ils gisent dans leurs empreintes, dans des petites dépressions de forme humaine, comme des trous creusés dans le sol par des chutes répétées. L'administration a donc décidé de recycler tout ce beau monde en "boule à neige".

Note de lecture & dramaturgie :
(Lettre de Diane Pavlovic à Luc Tartar, 28 janvier 2001.)
« Ici, tu as des gisants qui évoluent dans un milieu poreux au sol mou et aux limites incertaines où ils sont englués à tout jamais. Quelle image, Luc, ces «petites dépressions de forme humaine»! (Le mot lui-même, «dépression», est assez assassin…) C’est très étrange, ce texte. [...]
« [...] Je n’ai pas tout compris des détails de l’anecdote mais l’allégorie fonctionne, et il s’en dégage une grande, grande tristesse. Pas seulement parce que la nostalgie y est plus explicite, mais aussi, et surtout, parce qu’il n’y a d’espoir, ici, pour rien ni personne. Cette famille au bord du gouffre est morte en quelque sorte d’entrée de jeu, et même le sort métaphorique qui l’attend (les boules à neige, image jolie et cruelle) évoque l’idée d’une chose qui s’agite fugacement mais qui est destinée à stagner, en fait, pour l’éternité. Flotter pour toujours dans une tombe liquide, silencieuse et plastifiée ! Ton Monsieur D. de l’Abécédaire l’avait dit, ce n’est pas drôle, l’histoire du mort qui n’est pas mort et qui crie, si personne ne l’entend… Et tes personnages, ici, émouvants dans leur impuissance à faire bouger quoi que ce soit, eux moins que tout le reste, sont des morts qui ne sont pas morts et qui crient – et encore, ils ne crient même pas tous.
Cette cour intérieure où on marine dans ses propres empreintes est donc assez angoissante. On y assiste à des moments cocasses, bien sûr (nous sommes chez Luc Tartar après tout), mais ce cocasse sent toujours un peu le soufre : concierge transformée en gardienne des Enfers, vide-ordures devenu machine diabolique… […] Outre ses fonctions de gardienne et de passeuse, Mimi est une coryphée absolument douée. Sa façon de commenter, de synthétiser, d’éclairer les actions de ses contemporains (voir sa description de la quête amoureuse) lui donne une ampleur qui n’entre jamais en conflit avec sa propre humanité. J’aime beaucoup sa réflexion sur les cartes postales ("Ça fait plaisir tous ces petits mots. On se rappelle qu’on existe quoi"), qui est typique de toute ton entreprise : ancrée dans la réalité et volant très haut au-dessus d’elle. »


Diane Pavlovic, directrice du programme d’Ecriture dramatique de l’Ecole nationale de théâtre du Canada à Montréal.


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